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| Comment peut-on résumer ce qui constitue l’originalité de la méthode McKenzie ?
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| La méthode McKenzie est avant tout une approche basée sur l’auto-traitement. Des exercices que le patient peut faire seul plusieurs fois par jour, et des modifications posturales constituent la base du traitement. Certains étirements pourront être effectués en complément par le thérapeute qui pratique cette approche, mais seulement en complément de ce que le patient peut faire pour lui-même.
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| Pourquoi ce concept d’autotraitement est il si important ?
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| Dans le passé on a habituellement considéré les douleurs vertébrales ou les douleurs articulaires périphériques comme un événement isolé dans le temps, et susceptibles d’êtres traitées de façon décisive avec un traitement passif (par exemple prendre des médicaments, être massé ou manipulé). Cette vision n’est malheureusement pas vérifiée dans les faits. Pour la majorité des patients les douleurs reviennent périodiquement avec les limitations fonctionnelles qui leur sont associées. La plus grande partie de ces patients souffre de douleurs mécaniques qui surviennent sans raison apparente. Pour McKenzie, ces douleurs sont la conséquence des postures que l’on adopte et de l’accumulation de gestes qui souvent font courber la colonne vertébrale dans la même direction. Même quand il existe une cause définie aux douleurs (accident, activités particulièrement lourdes et contraignantes physiquement), si les douleurs ne passent pas, c’est qu’un ensemble de postures adoptées et mouvements quotidiens interfèrent avec la guérison. Ce que la méthode McKenzie propose, c’est d’identifier ces gestes et ces positions, pour apprendre soit à les éviter et à les remplacer par d’autres qui sont mieux tolérés par votre corps, soit à apprendre à faire des exercices et des étirements qui permettent de mieux tolérer les activités que vous ne pouvez pas éviter. Ce type de stratégies personnalisées permet le plus souvent d’éviter de nouveaux épisodes douloureux. Si un épisode douloureux survient tout de même, de nombreux patients peuvent apprendre à se débloquer et à faire passer leurs douleurs tout seuls. Cela leur permet de devenir autonomes et de ne plus dépendre des soins d’un thérapeute.
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| Quels sont les particularités du bilan que fait le kinésithérapeute formé à la méthode McKenzie ?
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| L’interrogatoire
effectué en début de traitement est significativement plus long que ce
qui est habituellement pratiqué en kinésithérapie. En particulier le
thérapeute passera du temps à analyser le type de contraintes
mécaniques exercées dans les activités habituelles du patient, et
surtout il sera très important pour lui d’établir l’effet des
différentes postures, mouvements et activités de la vie de tous les
jours sur les symptômes habituels. Pendant l’examen physique, le
thérapeute vous demandera de répéter certains mouvements tests pour
vérifier l’effet sur vos symptômes et pour trouver les directions de
mouvement qui « débloquent » les amplitudes articulaires et qui
réduisent et « centralisent » la douleur.
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| Qu’est-ce que la centralisation de la douleur ?
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| Quand on teste la colonne vertébrale avec des tests des mouvements répétés, il est fréquent que la douleur change de localisation. C’est aussi ce que décrivent de nombreux patients quand ils rapportent que leur douleurs « se promènent » et par exemple sont parfois dans le dos, parfois dans la fesse ou la cuisse, et parfois même changent de côté. Le grand mérite de McKenzie est d’avoir compris que quand une douleur vertébrale se rapproche de la ligne médiane, c’est toujours une bonne chose. En présence d’une douleur sciatique qui descend jusque dans le pied par exemple, cela veut dire que la douleur la plus importante à surveiller est celle qui est ressentie dans le pied. Si les mouvements testés pendant l’examen permettent de faire disparaître cette douleur dans le pied, cela indique clairement que l’on a identifié une direction de mouvement qui sera thérapeutique pour cette personne, même si temporairement cela s’accompagne d’une augmentation de la douleur ressentie plus près de la colonne. Une fois que la douleur dans le pied disparaît, la douleur la plus importante devient celle qui est ressentie dans le mollet, puis celle dans la cuisse et ainsi de suite. Une fois que la douleur est devenue centrale, naturellement on ne cherchera plus à la déplacer, mais à la faire diminuer puis disparaître. De la même façon, si une douleur du bas du dos n'est présente que d’un côté, on explorera avec des mouvements tests pour trouver quels mouvements peuvent ramener cette douleur au centre (ou aussi quels mouvements peuvent réduire ou faire disparaître cette douleur). La même analyse peut être appliquées à la colonne dorsale avec des douleurs intercostales par exemple, ou pour le cou avec des névralgies cervico-brachiales. Cette intuition de McKenzie a maintenant été vérifiée et confirmée par de nombreuses études scientifiques.
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| En quoi consistent les exercices à effectuer à la maison ?
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| Il s’agit de séquences d’exercices très simples qui ne prennent le plus souvent qu’une ou deux minutes à effectuer. Par contre il faudra initialement les effectuer plusieurs fois par jour. Une prescription d’exercice courante sera de faire les exercices toutes les deux heures et « au besoin », c'est-à-dire quand les douleurs surviennent afin de les soulager. Pour compléter les exercices, il faudra aussi éviter d’adopter les positions (souvent certaines façons de s’asseoir) qui ont été identifiées comme étant responsables de la perpétuation des douleurs pour un patient donné.
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| La méthode McKenzie conduit souvent à faire effectuer des exercices en extension et à encourager les patients à maintenir leur dos cambré dans les activités de la vie quotidienne. Cela va complètement à l’encontre de tout ce que j’avais entendu et lu sur le dos jusque-là… Comment l’expliquez-vous ?
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Quand on teste l’effet des mouvements répétés sur la colonne vertébrale, et en particulier sur la colonne lombaire (partie basse du dos), une très grande majorité des patients voit leur douleur centraliser ou s’améliorer avec des mouvements en extension. C’est une découverte que Robin McKenzie a faite de façon fortuite et qui l’a complètement déconcerté au début, puisque cette observation était en contradiction complète avec ce qu’il avait appris dans sa formation initiale de kinésithérapeute. Suite à ces observations, de nombreuses études scientifiques ont montré depuis que c’est effectivement le cas si l’on prend la peine de tester ces mouvements. Comment l’expliquer ? La réponse à cette question est en fait très simple : Dans la gestuelle quotidienne, les mouvements de flexion, qui inclinent notre colonne vers l’avant sont très fréquents (pour bricoler, faire le ménage, faire les courses, ranger un garage, jardiner etc…). De plus en position assise nous adoptons le plus souvent une posture avec le « dos rond », qui est aussi une forme de pencher en avant. Par contraste les gestes et activités qui inclinent notre colonne vers l’arrière sont beaucoup moins fréquents. Puisque courber notre colonne vers l’avant constitue la contrainte dominante pour la plupart de nos patients, et puisque le plus souvent ce sont des gestes en flexion qui déclenchent les douleurs lombaires, il n’est pas si surprenant que pour compenser il soit souvent utile d’étirer la colonne dans la direction opposée.
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| Si
c’est le cas, comment se fait il que la majorité des médecins et des
kinésithérapeutes continuent à conseiller à leur patients de faire des
exercices pour réduire leur cambrure (bascules du bassin en
rétroversion) et à faire des « abdos » ?
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| Il est
effectivement très troublant de constater que malgré le nombre
important de publication scientifiques de qualité qui sont parues à ce
sujet, la presque « sacro-sainte » rééducation en cyphose ou du moins
en délordose lombaire continue à être appliquées systématiquement…
Cependant le même type d’inertie peut être observée dans d’autre
secteur de la médecine. Cela prend du temps pour que l’information
percole jusque dans la pratique quotidienne. Ce site internet a pour
vocation d’essayer d’accélérer ce processus. Il faut dire aussi que la
rhumatologie a longtemps été le parent pauvre de la médecine en matière
d’études scientifiques et que dans ce domaine, cela prend du temps pour
qu’une culture de la validation s’établisse vraiment. La tendance
mondiale qui fait évoluer la médecine vers « une médecine basée sur les
preuves » (Evidence Based Medecine) devrait contribuer à accélérer ce
processus.
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| N’y a-t-il donc aucune place pour la rééducation classique en délordose (bascule du bassin en rétroversion), c'est-à-dire en réduction de la cambrure ?
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| Si bien sûr. D’ailleurs la méthode McKenzie n’est pas systématiquement une méthode en lordose et en extension. Quand on teste les patients, il arrive que ce soit les mouvements en flexion et en délordose qui réduisent et centralisent la douleur. Dans cette éventualité, il serait bien sûr absurde de conseiller un travail en extension, et des protocoles en flexion font alors partie intégrante de l’approche McKenzie. Cependant, seule une minorité de patients bénéficient de ces stratégies.
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| Faut-il aussi abandonner le renforcement des abdominaux ?
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| L’insistance que l’on a eu à vouloir renforcer les abdominaux est en relation directe avec la conviction erronée que toutes les douleurs du bas du dos seraient liées à une cambrure lombaire excessive. Des études menées ces dernières années avec des appareils capables de mesurer très précisément la force des muscles abdominaux et de la comparer avec la force des muscles spinaux (les muscles opposés aux abdominaux, c'est-à-dire ceux qui inclinent la colonne vers l’arrière) ont montré que chez les lombalgiques chroniques c’est surtout les muscles spinaux qui étaient atrophiés. Il est par conséquent beaucoup plus urgent de renforcer ces derniers en priorité. Plusieurs études scientifiques de qualité ont montré que le fait de renforcer les spinaux procurait du soulagement aux patients lombalgiques. Aucune étude clinique n’a pu montrer la même chose avec le renforcement des muscles abdominaux (sauf dans quelques indications spécifiques). Le travail des abdominaux peut cependant être intéressant pour améliorer sa condition physique générale, en préparation à la reprise de certaines activités sportives. Dans cette optique, le travail dit de « gainage » est généralement plus intéressant que les « abdos » classiques.
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| Pendant combien de temps faudra t-il faire des exercices à la maison ?
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| Cette durée est très variable d’un patient à l’autre. Certains patients n’auront besoin de faire les exercices intensivement que quelques jours et pourront très rapidement diminuer le nombre de séquences d’exercices quotidiennes. Dans des cas plus chroniques et plus complexes, il sera nécessaire de pratiquer les exercices pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Dans tous les cas on vous conseillera de continuer à pratiquer les exercices à minima (peut-être une fois par jour, mais cela ne prend qu’une minute ou deux) et d’éviter de rester de façon prolongée dans certaines positions. De la même façon que pour éviter d’avoir des caries dentaires il faut se brosser les dents plusieurs fois par jour, pour de nombreux patients il sera nécessaire de prendre soin de leur dos au long court. Cependant il s’agira de choses simples et qui ne prennent pas nécessairement beaucoup de temps.
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| Comment se fait-il que la méthode McKenzie arrive si tard en France, alors qu’elle est utilisée par un grand nombre de thérapeutes depuis le début des années 80 dans les pays anglo-saxons ?
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| Il est évident qu’il existe un manque de communication entre le monde de la kinésithérapie anglo-saxon et son homologue francophone. La plupart des méthodes employées pour traiter le dos au Royaume Unis ou aux USA ne sont pas connues en France, et réciproquement. Cela découle très probablement de problèmes linguistiques : Les Kinésithérapeutes Français ne parlent que très rarement l’Anglais et ne s’expatrient qu’exceptionnellement. Très peu de Kinésithérapeutes anglo-saxons parlent le Français ou travaillent en France. Les échanges sont par conséquents rares.
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| Les radiographies que j’ai passées indiquent que j’ai beaucoup d’arthrose sur ma colonne vertébrale. Est-ce que cela constitue une contre-indication à un traitement avec la méthode McKenzie ?
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| L’arthrose de la colonne vertébrale est quasi universelle après l’âge de 40 ans. Mais elle est aussi fréquente chez les sujets qui n’ont pas de douleurs que chez ceux qui souffrent du dos… De plus, plus on prend de l’âge, plus la proportion des gens qui ont de l’arthrose est grande, alors que statistiquement les personnes de plus de 60 ans ont moins de douleurs vertébrales que ceux qui sont entre 35 et 55 ans. Le lien entre le fait de l’arthrose et le fait d’avoir des douleurs est donc très aléatoire. Malheureusement, c’est parfois l’excuse qu’utilisent certains médecins pour justifier que l’on ne peut pas traiter les douleurs vertébrales et qu’il faut se résigner à vivre avec… Rien ne remplace donc le fait de tester la colonne de chaque patient pour évaluer l’effet des différentes directions de mouvement sur les symptômes. Par expérience, la plupart des patients qui souffrent d’arthroses peuvent bénéficier d’exercices du type de ceux que préconise McKenzie.
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| J’ai une hernie discale qui me donne des douleurs sciatiques. S’agit-il d’une contre-indication ? Et dans le cas contraire, qu’est-ce que je peux espérer de la méthode McKenzie ?
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| La présence d’une hernie discale ne constitue pas une contre-indication. Avec le protocole utilisé dans la méthode McKenzie, en surveillant de très près les symptômes sciatiques, il est possible d’évaluer en toute sécurité un patient qui se présente avec une hernie discale et une douleur sciatique. Il en va de même pour les cruralgies. On ne peut par contre pas garantir qu’il sera possible de traiter ces douleurs dans tous les cas. Une proportion importante de patients pourra être durablement soulagée et pourra apprendre à prévenir les récidives.
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